Résistance aux antimicrobiens : Jim O’Neill, rapport

Rédaction de l’analyse en cours – le 27 novembre 2018

En anglais : le rapport en ligne

En français : la présentation du rapport par Jim O’Neill. Mai 2016

Remarque préalable

Notre lecture du rapport se fait à partir de trois perspectives :

  • une compréhension globale de la résistance des bactéries aux antibiotiques
  • un inventaire des solutions qui diminueront cette résistance
  • une attention particulière à la solution « phages et phagothérapie« 

La présence des phages dans le rapport est particulièrement discrète.

Nous serons amenés à préciser chaque fois que le mot « alternative aux antibiotiques » évoque pour nous la solution phagothérapie.

Page 10 « Antimicrobial drugs are medicines that are active against a range of infections, such as those caused by bacteria (antibiotics), viruses (antivirals), fungi (antifungals) and parasites (including antimalarials). »

Le rapport a étudié globalement les antimicrobiens qui agissent contre les micro-organismes : bactéries, virus, mycoses, parasites dont la malaria.

La résistance aux antimicrobiens – AMR en anglais – est la situation où aucun antimicrobien n’a plus d’effet contre le micro-organisme.

« Resistance to antimicrobials is a natural process that has been observed since the first antibiotics were discovered – and, indeed, the genes that confer drug resistance upon some strains of bacteria pre-date antibiotics by millions of years. »

La capacité des micro-organismes à résister aux antimicrobiens est un phénomène naturel aussi ancien que les micro-organismes.

La difficulté pour mettre des volumes en face des chiffres

Page 1 « the UK government has initiated the Fleming Fund to improve disease surveillance focused on drug-resistant infections in low and middle-income countries, and has contributed 375 million USD to it. »
Comparaison avec un chiffre donné en 2018 par le gouvernement français : 40 millions d’euros pour la recherche sur la résistance aux antibiotiques in Le Monde 14 novembre 2018
Donc, en France, le problème des morts, amputés, invalidés par les bactéries multirésistantes est considéré comme 1/10 de ce qu’il est considéré en Grande-Bretagne.
Caricature ? Vérité ?
Page 1 « The cost in terms of lost global production between now and 2050 would be an enormous 100 trillion USD if we do not take action. » (1) Voir page 12
La France c’est 3% du PIB mondial donc une perte de 3 mille milliards de dollars d’ici 2050 !!!
Si on ne fait rien contre les bactéries on va perdre 3 mille milliards de dollars.
Pour éviter cette catastrophe on met dans la recherche 40 millions d’euros.
Tiens ? Ah bon ?

Page 2 « First, we need a global public awareness campaign to educate all of us about the problem of drug resistance, and in particular children and teenagers. »

Sensibiliser les adolescents aux enjeux de la résistance aux antibiotiques.
En 2011, en France, il a été mis au programme du bac « laborantin » la culture des phages.
Est-ce que les enseignants font le pont entre le nombre de morts par BMR et la phagothérapie ?
Les premières réponses obtenues sont négatives.

Page 2 « Secondly, we need to tackle the supply problem: we need new drugs to replace the ones that are not working anymore because of resistance. »

Page 2 « Thirdly, we need to use antibiotics more sparingly in humans and animals, to reduce the unnecessary use that speeds up drug resistance. »

Jim précise qu’un antibiotique ne devrait être prescrit qu’après un test – antibiogramme.

Page 2 : « Fourthly, we must reduce the extensive and unnecessary use of antibiotics in agriculture … make progress with the World Health Organization (WHO), Food and Agricultural Organization of the United Nations (FAO), and the World Organisation for Animal Health (OIE). »

Page 4 Résumé du rapport
« Even today, 700,000 people die of resistant infections every year. » Voir page 10
Pour la France cela fait 12 mille décès par an actuellement.

Effets sur d’autres pratiques de santé
Antibiotics are a special category of antimicrobial drugs that underpin modern medicine as we know it: if they lose their effectiveness, key medical procedures (such as gut surgery, caesarean sections, joint replacements, and treatments that depress the immune system, such as chemotherapy for cancer) could become too dangerous to perform. » Voir page 10 et 12
On atteint un seuil de risque qui fait que l’on pourrait être amener à ne plus réaliser certains actes chirurgicaux, césariennes, prothèses d’articulations, transplantations d’organes, etc.
Les traitements qui affectent le système immunitaire comme la chimiothérapie pour le cancer pourraient disparaître des pratiques possibles.

Page 5 point 6 : Les alternatives existantes aux antibiotiques doivent être identifiées et développées.

Page 6 : « Infectious disease doctors are the lowest paid of 25 medical fields we analysed in the United States. …. A similar story applies to other professions relevant to tackling AMR, from nurses and pharmacists in hospitals trained to improve stewardship, to microbiologists and other laboratory scientists doing surveillance, diagnostic testing and R&D in academia, governments, public sector organisations or companies  »

Les professionnels de santé du champ des maladies infectieuses sont les moins bien rémunérés.

Page 6 point 8 : « … R&D that may not be regarded scientifically as ‘cutting-edge’, and which lacks a commercial imperative, in a way that breaks down barriers to entry and makes funding available in countries and for organisations that would not have had access to funding previously. »

Décodage : Les financements publics et privés sont trop concentrés sur les recherches très innovantes (cutting-edge). Il faut d’autres types de financements pour des solutions plus classiques.

Page 6 point 9 : « … firms are not investing in antibiotics despite the very high medical needs … »

Les entreprises n’investissent pas dans les antibiotiques malgré les besoins médicaux élevés.

« We have proposed a system of market entry rewards of around one billion USD per drug for effective treatments, whether they are based on new or old drugs that work against resistant pathogens in areas of most urgent need. »

Page 7 : Le problème de la qualité de l’eau doit être pris en compte.

« So in total, we estimate that the world can avert the worst of AMR by investing three to four billion USD a year to take global action. This is tiny in comparison to the cost of inaction. It is also a very small fraction of what the G20 countries spend on healthcare today: about 0.05 percent. »

Il est par ailleurs rappelé que les entreprises font des profits dans les domaines de la cancérologie et des prothèses.
La disponibilité d’anti-bactéries efficaces est indispensable pour ces domaines.
Si les entreprises veulent maintenir leurs profits elles doivent contribuer aux solutions anti-bactéries.

Page 10 : Utilisation d’antibiotiques dangereux

« For other infections, doctors running out of better options are using antibiotics that were once avoided due to their bad side effects. This is the case with colistin, for example, which can cause kidney failure and so was never given to patients for many years. »

Exemple : Quand, chez un patient, une bactérie est résistante à tous les antibiotiques courants on prescrit la colistin qui détruit le foie du patient.

Page 11 10 milions de décès chaque année en 2050

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Page 12 De l’âge d’or à l’âge de plomb

« discovering new antibiotics is harder today than it once was, particularly those active against the drug-resistant Gram-negative infections that are of great concern. »

Des années 1940 à 70 il a été « facile » de découvrir des antibiotiques naturels et de développer des modes de production. La suite a été beaucoup plus difficile et décevante en particulier contre les bactéries multirésistantes.

Page 12 L’illusion de la fin des maladies transmissibles

Les laboratoires privés et publics ont diminué de manière importante leurs investissements dans les antibactériens pensant que les maladies transmissibles étaient un combat du passé, révolu / résolu par les premières générations d’antibiotiques.

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Illustration : à droite, faiblesse de l’investissement dans la recherche sur les antimicrobiens ; à gauche l’investissement total dans la recherche pour l’industrie pharmaceutique Page 13

Page 14 : Des investissements publics très insuffisants

« … the US Biomedical Advanced Research & Development Agency (BARDA) Broad Spectrum Antimicrobials programme, and the European Innovative Medicines Initiative (IMI) New Drugs For Bad Bugs (ND4BB) programme, together provide direct financial support to nearly 20 percent of all antibiotics currently under development globally, and half of those targeting Gram-negative bacteria14. Nonetheless, there remains much more to do … »

Page 14 : Quand le ridicule tue

Commentaire : Les revues académiques sont focalisées sur les recherches « de pointe » (cutting-edge). Imaginons un jeune chercheur qui travaille sur la phagothérapie, une thérapie de pointe qui existe depuis … que l’homme existe.
Pire, s’il fait sa recherche correctement il va découvrir que des sources miraculeuses sont effectivement … miraculeuses car leur eau contient des phages qui tuent les bactéries les plus résistantes. Ce jeune chercheur sera moqué et ne trouvera pas de revue qui accueille ses publications. Voir notre article La source miraculeuse

Page 14 : Il n’y a pas d’excuse

« There is no excuse for inaction given what we know about the impact of rising drug resistance. The reality is that governments will sooner or later bear the cost of AMR: they can either do so proactively by taking action now and pay less for better outcomes, or remain unprepared and end up spending much more taxpayer money on far worse outcomes further down the line. »

Soit les gouvernements investissent eux-même et motivent le secteur privé maintenant soit les coûts humains et financiers vont être énormes pour les citoyens.

Page 15 : Le syndrome du phare 

640px-la_martre_lighthouse_-_la_martre2c_qc2c_ca_-_16-06-2013  Le phare de La Martre, en Gaspésie.

Photo Letartean sur WikiMed

 

 

 

Le rapport propose la métaphore du phare maritime.
L’Etat fait l’investissement et assure l’entretien du phare maritime : c’est une condition nécessaire pour l’activité privée lucrative du commerce maritime.

De la même manière, les Etats doivent faire les investissements de fond pour la résistance aux antibiotiques qui vont permettre à l’industrie pharmaceutique de prendre le relais.

p. 19 Une campagne efficace contre l’usage inapproprié d’antibiotiques

« One study showed that in Belgium, campaigns to reduce antibiotic use during the winter flu season, resulted in a 36 percent reduction in prescriptions. Over 16 years, the cumulative savings in drug costs alone amounted to around 130 Euros (150 USD) per Euro spent on the campaign. »
Pour un euro dépensé dans une campagne de sensibilisation on obtient 130 euros d’économie sur les antibiotiques + des économies indirectes.

p. 20 Des emballages indiquant clairement que la molécule est un antibiotique

p. 20 Problème de la vente sauvage d’antibiotiques via l’Internet

p. 21 Lutter contre la transmission des bactéries : combat du 19ième siècle renouvelé au 21ième

« This has led us to overly rely on the curative potential of drugs, at the expense of a prudent focus on prevention. »

Le 20ième siècle est comme une parenthèse où l’on a cru que les médicaments allaient permettre l’éradication des micro-organismes.
Triple erreur puisque :
– les bactéries, etc. ont développé une résistance
– les zones où persistent des problèmes d’eau potable et d’évacuation des eaux usées sont nombreuses
– des populations n’ont pas accès aux antimicrobiens

p. 21 Le mésusage des antibiotiques touche les différents types de pays

Au Brésil, en Inde, Indonésie et Nigéria – par exemple – on observe que, pour des diarrhées à virus, des anti-bactériens sont utilisés sans effet autre que de créer des bactéries multirésistantes qui vont voyager dans tous les pays du monde.

« Across developed countries, between seven and 10 percent of all hospital inpatients will contract some form of healthcare-associated infection (HCAI), a gure that rises to one patient in three in intensive care units (ICUs). »

Dans les pays développés jusqu’à 10 % des patients hospitalisés sont affectés par une maladie nosocomiale = contractée à l’hôpital.

p. 23 « … infection prevention and control (IPC) is too often seen as a cost pressure, rather than a means to deliver better value and better outcomes for patients; managers and senior clinicians often give it insufficient focus. »

La prévention et le contrôle de l’infection ne fait pas l’objet de suffisamment d’intérêt par les cadres hospitaliers et les chefs de service.

« MRSA reduction targets in the NHS in England, for instance, led to very substantial declines in rates in hospitals. »

Exemple : le Staphylococcus aureus résistant à la méticilline – SARM – cause moins de dommages dès que l’on est plus rigoureux sur l’hygiène.

1. Réduire l’usage des antibiotiques dans l’agriculture

Page 24 : « Given that the countries of the G20 account for 80 percent of total world meat production, a large part of antibiotic consumption in livestock and the likelihood of generating drug resistance, currently rests with them. »

Dans les pays du G20 est produite 80 % de la viande. Les antibiotiques sont utiliser 1. pour accélérer la croissance 2. pour prévenir des infections dues à la mauvaise qualité de traitement du bétail. L’élevage est donc une source très importante de production de bactéries multirésistantes.

Certaines bactéries peuvent être transmises de l’animal à l’humain – voir l’histoire déjà évoquée.

Page 26 : « Improve transparency from food producers on the antibiotics used to raise the meat that we eat, to enable consumers to make more informed purchase decisions. »

Informer le consommateur sur l’usage d’antibiotiques pour la production de la viande.

Voir notre choix de liens.

Page 26 : « We highlighted the success of Denmark as one of the largest pork exporters in the world. They have a highly productive farming system with levels of antibiotic use of less than 50 mg / kg. »

consommation antibiotiques

Illustration : Consommation d’antibiotiques rapportée à la production de viande de porc Source Agriculture & food Danemark

p. 28 Former et informer les éleveurs et les vétérinaires aux solutions alternatives aux antibiotiques.

Note : Nous pensons bien sûr aux phages et phagothérapie … que certains éleveurs utilisent déjà.

Aider les éleveurs à faire évoluer leurs pratiques de soins aux animaux, prévention par les vaccins.

2. Antibiotiques de dernier recours pour les humains

Page 28 : Réserver certains antibiotiques comme la colistine à l’usage humain lorsque ces antibiotiques sont les seuls a avoir un effet sur certaines bactéries – antibiotique dit de dernier recours.

Page 29 : Dès 2013 il y a eu une pression des consommateurs pour disposer de viande sans antibiotiques.

Etiqueter les viandes avec l’information sur l’usage d’antibiotiques pour la production.

Page 29 : « We call on producers, retailers and regulators to agree standards for ‘responsible use’. These standards could then be developed … »

Créer des standards d’usage responsable des antibiotiques.

3. Réduire la pollution de l’environnement avec les antibiotiques en provenance des humains, des animaux et de l’industrie

Page 30 : « Multiple studies have found significant concentrations of antibiotics in hospital effluent in countries as diverse as Germany and India. »

Concentration d’antibiotiques dans les effluents des hôpitaux.

« For example, an important study by Swedish researchers in 2007 examined a wastewater treatment plant in India that received effluent from 90 bulk API manufacturers. It revealed that shocking levels of APIs were being discharged into a nearby river. »

Les API Active Pharmaceutical Ingredients, substances actives des antibiotiques sont fabriquées en Inde ou en Chine. Les usines en déversent des quantité importantes dans les rivières, créant des réservoirs d’antibiorésistance.
Pour que les patients des pays développés disposent d’antibiotiques peu chers, la santé des populations de pays émergents est mise en péril. Mais les souches résistantes voyagent et touchent les habitants des pays développés.

Page 31 :  » … buyers integrating environmental considerations into their reimbursement appraisals, particularly for high-volume generic products. »

Les systèmes d’assurance santé devraient exiger de leurs fournisseurs d’antibiotiques – en particulier génériques – le traitement correct des déchets chez les sous-traitants amont.

4. Recueillir l’information sur l’antibiorésistance

Page 32 : Développer des systèmes de surveillance de l’usage des antibiotiques et des résistances induites tant au niveau clinique qu’en laboratoire de recherche.

« developing a global surveillance network and governments and national authorities need to increase funding to develop and expand their current networks. »

Les gouvernements doivent développer des réseaux de surveillance des pathologies.

5. Développer et utiliser des tests d’antibiorésistance

Page 35 : “Today, antibiotics are rarely prescribed based on a definitive diagnosis. Diagnostic tests can show whether or not an antibiotic is actually needed, and which one. Having rapid, low-cost, and readily available diagnostics is an essential part of the solution to this urgent problem.
Dr Margaret Chan, Director General of the World Health Organization

Il faut impérativement contrôler avant la prescription si la bactérie qui affecte le patient va être éliminée par tel antibiotique – antibiogramme.

 

Notes

(1) Dans les pays utilisant l’échelle courte, et notamment dans les publications scientifiques anglo-saxonnes destinées au grand public (vulgarisation d’articles scientifiques, la précision est importante car elle a fait l’objet d’une loi aux États-Unis[réf. nécessaire]), le trillion représente mille milliards ou, en notation scientifique, 1012, c’est-à-dire 1 000 000 000 000. Il est appelé billion dans l’échelle longue (ce qui est une source de confusion lors des traductions).

 

 

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